par Catherine Malichecq

Ivan Illich est un penseur de l’écologie politique et un critique de la société industrielle. À ce titre, il s’interrogea sur l’école, en tant qu’institution, et ira jusqu’à prôner la déscolarisation de la société.

Né à Vienne en 1926, Illich et sa famille émigrèrent en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale. Il participa activement à la résistance italienne puis étudia la cristallographie, la théologie et la philosophie.

En 1951, il partit s’installer quelques années aux États-Unis. Par la suite, il se déplaça au Mexique où il créa un Centre pour la formation interculturelle à Cuernavaca. Si l’objectif initial de ce centre était d’y enseigner les langues et la culture latino-américaine, il se transforma rapidement en carrefour interculturel : les intellectuels du monde entier s’y rencontraient pour échanger sur les grands enjeux de société et vulgariser une pensée critique visant, plus particulièrement, les grandes institutions.

En 1972, Illich retourna vivre en Europe et y enseigna notamment l’histoire du haut Moyen Âge en Allemagne.

Au cours de sa vie, il écrivit également de nombreux essais, dont Une société sans école, en 1971. Cette réflexion lucide résulte d’observations quelque peu avant-gardistes. À l’époque, Illich est frappé par la différence entre les buts avoués de l’éducation – la réduction des inégalités sociales – et ses résultats – l’accroissement des inégalités sociales, sans garantir l’acquisition individuelle de connaissances. Ainsi, il note le conformisme présent dans les universités, la mise à l’écart des enfants de milieux modestes ou encore la déconnexion qui s’opère dans des pays pauvres entre les jeunes sortant de l’université, leur culture et leurs concitoyens.

Illich a constaté l’impact de la course aux diplômes, considérés comme les seuls garants de l’acquisition de connaissances et les seuls laissez-passer pour l’accès à l’emploi. Dès lors, les effets pervers se traduisent, selon l’auteur, par une inflation des études longues, un accroissement de la compétition, la mise en évidence de la faiblesse du système scolaire et enfin des connaissances qui ne garantissent même plus d’obtenir un emploi. Pour Illich, l’objectif ultime de cette course aux diplômes est de produire des élèves dociles et obéissants aux institutions.

Selon l’auteur, l’école est devenue la voie universelle. Dès lors qu’elle est devenue obligatoire, elle a été établie comme « l’organe reproductif de la société » et met son organisation temporelle, structurelle, fonctionnelle et émotionnelle au service d’une accumulation – par nécessité plus que par intérêt – de connaissances  chez l’individu. Et depuis plusieurs décennies, rares sont ceux qui osent remettre ce système éducatif en perspective. Au contraire, l’étudiant lui-même pense qu’il ne peut s’instruire en dehors de ce système qui assure la seule instruction digne de crédit, détruisant dans son sillage l’apprentissage autonome et instillant chez l’individu un sentiment de frustration et de malaise.

Pour Illich, l’éducation est devenue un pur produit de consommation et le comble, elle s’affiche comme le résultat des luttes glorieuses de nos ascendants pour l’égalité des chances.

Illich rappelle que nous apprenons d’abord par l’envie et la curiosité naturelle. C’est d’ailleurs en dehors de l’école que cet apprentissage se manifeste ; l’enfant apprend bien à parler, à marcher, à jouer, à sociabiliser.

Il est partisan de la création de ce qu’il nomme des « réseaux de communication culturelle » qui incluraient, par exemple, des centres de documentation et une offre d’enseignement mutuel entre pairs. Il propose que toute personne ait non seulement le droit d’apprendre quelque chose, mais également d’enseigner à ses pairs. Pour l’auteur, « le droit d’enseigner une compétence devrait être tout aussi reconnu que celui de la parole ». L’école devrait préparer à la vie et donner le goût d’inventer et d’expérimenter. L’école devrait constituer le lieu d’une rupture avec le conformisme.

Presque un demi-siècle plus tard, le propos de l’auteur fait toujours écho. L’école-maison, les universités libres et les nouvelles technologies ont ouvert de multiples possibilités éducatives tant pour les adultes que pour les enfants. Mais comme Ivan Illich le rappelle, la motivation est souvent l’élément clé dans la réussite de l’apprentissage.

Livre :Ivan Illich, Une société sans école, éd. Seuil, 1971, 185 pages

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