Par Catherine Malichecq
(5 minutes de lecture)

Jean Joseph Jacotot (1770-1840) est un pédagogue français à l’origine de la « méthode Jacotot », une méthode d’enseignement dont le fondement repose sur l’enseignement universel.

Né en 1770 à Dijon, France, Jean Joseph Jacotot, grandit au sein d’une famille d’un milieu modeste. Il fait des études au cours desquelles il se révèle être un étudiant studieux et intelligent, mais peu enclin à accepter aveuglément l’autorité du maître, dont il ne donne au discours qu’une valeur d’opinion.

À peine âgé de 19 ans, il devient docteur ès lettres et professeur de logique, de mathématiques et de latin. Rapidement, il entreprend des études de droit, obtient son doctorat et devient avocat, puis se lance dans des études approfondies de mathématiques qui le mèneront à l’obtention d’un troisième doctorat.

Par la suite, il s’implique activement dans la Révolution française, car il croit aux principes révolutionnaires. Il deviendra capitaine d’une compagnie d’artillerie avec laquelle il combattra prudemment et bravement. 

En 1795, il deviendra professeur de physique-chimie à l’école centrale de Dijon. Entre l’enseignement et sa carrière militaire, il occupera successivement les postes de secrétaire du ministre de la Guerre sous l’Empire puis de sous-directeur de l’École polytechnique.

Sous la seconde Restauration des Bourbons, en 1815, il se verra dans l’obligation de s’exiler. Il choisira la Belgique, survivra dans un premier temps en donnant des leçons particulières, puis obtiendra un poste de professeur de littérature française à l’université d’État de Louvain. C’est dans ce contexte qu’il fera une étonnante découverte en matière d’enseignement, découverte sur laquelle il fondera sa méthode.

S’appuyant sur le principe de l’égalité des intelligences pour tous les hommes, il trouvera un écho auprès du public, connaîtra un vif succès lors de ses conférences et de ses cours, et réunira de plus en plus d’adeptes. En 1827, une commission ministérielle sera même créée afin d’analyser le principe de Jacotot.

Il ne reviendra en France qu’en 1830, s’éteindra une décennie plus tard suivi de près par ses idées, idées qui trouveront un écho deux siècles plus tard.

La méthode Jacotot : de l’origine aux principes

Lorsque Jean Joseph Jacotot devient professeur de français à l’université d’État de Louvain, en Belgique, il se trouve face à un dilemme. Il doit enseigner à des étudiants s’exprimant uniquement en flamand, alors que lui-même ne maîtrise pas cette langue.

Il demande donc à ses élèves d’étudier, seuls, une édition bilingue du Télémaque de Fénélon. Quelques mois plus tard, le professeur constate que les étudiants appréhendent le fonctionnement de la phrase en français et sont en mesure de raconter dans cette même langue ce qu’ils ont compris de leur lecture. À partir de cette expérience, Jacotot conclut que la capacité d’un individu à apprendre par lui-même est liée à la volonté de celui-ci et non pas à la méthode classique de transmission du savoir d’un maître vers son étudiant. Il proposera donc une méthode d’« enseignement universel ».

Cette méthode part du principe que tout homme (ou enfant) peut s’instruire, car toutes les intelligences sont égales. Il s’appuie sur différentes maximes, parfois paradoxales, par exemple « qui veut peut », ou que tout le monde peut enseigner même ce que l’on ignore. Ainsi il pense qu’un parent, seul, peut enseigner à ses enfants. Le pédagogue considère également que « tout est dans tout » et qu’en apprenant une chose dans son intégralité et de façon intensive, on peut tout y rapporter, peu importe que le domaine soit scientifique, littéraire ou artistique.

Jacotot propose également que le rôle du maître se limite à guider ou à épauler l’étudiant afin de maintenir son attention. Il refuse la présence d’un maître qui explique et favorise « l’émancipation intellectuelle » qui a pour principe de libérer l’esprit des élèves de l’« abrutissement », c’est-à-dire la transmission du savoir du maître vers l’élève et la dépendance de l’élève aux explications du maître. Au contraire, l’émancipation, pour lui, c’est permettre à l’élève de croire en lui-même, en ses propres capacités. Le maître va alors créer des situations d’apprentissage sans donner d’explications et il apprendra, lui-même, de son élève. Dès lors, l’enseignement n’est plus vertical, mais horizontal. 

Jacotot utilise pour sa méthode la lecture et la répétition, car selon le pédagogue, on ne retient vraiment que ce que l’on répète. Au début, en particulier, ne pas aller trop vite est primordial, l’important est de répéter aussi souvent que possible pour ne rien oublier. Dans ce parcours, l’élève doit apprendre à son propre rythme, rythme qu’il déterminera lui-même, il est inutile de perturber ou de brusquer l’apprentissage.

Pour Jacotot, la deuxième étape consiste à interroger pour vérifier l’apprentissage et faire réfléchir l’élève sur les mots et les idées.

Cette méthode et surtout ses principes sont le reflet d’une époque marquée par la Révolution française et par les grands idéaux que sont l’égalité, la fraternité et la liberté. Elle fut également porteuse d’espoir pour les hommes et les femmes, et ce, quelle que soit leur condition.

Jacques Rancière comparera les principes de la méthode de Jean Joseph Jacotot à notre système éducatif moderne qui admet l’inégalité tant du savoir que de l’intelligence. Cependant, les idées de Jacotot sont d’actualité et elles rejoignent beaucoup les pédagogies alternatives qui attirent de plus en plus d’adeptes. Elles rejoignent aussi certains pédagogues, par exemple Sugata Mitra. Au-delà du contenu d’un programme scolaire, c’est le mode de transmission du savoir qui est au cœur de tous les débats et qui pourrait révolutionner l’apprentissage.

 

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