Par Catherine Malichecq

Pionnier de la pédagogie moderne, Johann Heinrich Pestalozzi chercha à appliquer les principes de L’Émile de Jean-Jacques Rousseau, dont l’influence marquera sa vie. Il fonda plusieurs écoles partout en Europe afin d’appliquer ses méthodes d’éducation concrètes, directes et qui reposent sur le développement de toutes les facultés.

Johann Heinrich Pestalozzi est né à Zurich, en Suisse, le 12 janvier 1746. Son père s’éteignit alors que Johann était un tout jeune enfant; il fut donc élevé par sa mère et une servante. Avec son grand-père, un ecclésiastique, il visita de nombreuses écoles et maisons paroissiales, ce lui fit réaliser très tôt l’impact du travail sur les enfants et les lacunes du système. Lui-même reçut une excellente éducation. Se vouant au départ à une carrière dans l’Église, il changa toutefois d’optique et poursuivit ses études à l’Académie de Zurich en droit. Sous l’influence du philosophe Jean-Jacques Rousseau, il songeait déjà à devenir un réformateur social, avec le bien-être et le bonheur du peuple comme idée centrale. Il se dirigea vers la politique mais dénonça plusieurs cas de corruption, ce qui lui attira beaucoup d’ennemis et lui barra la voie d’une carrière juridique. C’est ainsi qu’il choisit de se consacrer entièrement à l’éducation des enfants pauvres. Il acheta donc une ferme qu’il transformera en institut pour les enfants pauvres et les orphelins. Ce mode de vie, loin d’être rentable, le plongea toutefois dans la misère et il dût renoncer à son projet face à l’accumulation des dettes.

Photo prise par Peter Stock, Zurich, mai 2018

À cette période de sa vie, il écrivit ses idées en matière d’éducation. Il travailla ensuite dans différentes écoles et finit par se faire un nom grâce aux résultats de ses méthodes éducatives. Finalement, il trouva dans le canton de Vaud une ville prête à l’accueillir en vue de la fondation de quatre instituts : un institut pédagogique pour garçons et un autre pour jeunes filles, un institut pour les enfants sourds et un autre pour les enfants pauvres. Il y travaillera pendant vingt années, presque jusqu’à la fin de sa vie.

La philosophie

Johann Heinrich Pestalozzi considère que l’enfant modèle sa personnalité, son caractère et sa capacité à raisonner en fonction de ce qu’il vit. Ainsi, les méthodes pédagogiques de M. Pestalozzi placent l’enfant au centre du processus. Sa philosophie part du principe selon lequel la nature humaine est bonne. Elle s’établit donc autour de quatre sphères à partir desquelles l’enfant se développe : la famille, l’individualité, la transposition de la relation parent-enfant à la société et enfin l’appropriation de l’éducation qui permet d’aboutir à la paix intérieure et à une vive croyance en Dieu.

Les méthodes et les principes éducatifs

Le pédagogue conseille d’utiliser comme point de départ les observations des élèves, leurs intérêts et leurs expériences, car selon lui on apprend « avec la tête, avec le cœur et avec les mains ».  Ainsi, le travail manuel fait partie de l’apprentissage de tout élève et il alternera avec le travail intellectuel au cours de la journée.

Les principes se basent sur une approche de l’aspect concret avant l’aspect abstrait, de l’environnement proche avant l’environnement éloigné, d’exercices simples avant des exercices complexes. Pestalozzi ajoute qu’il est bon d’agir progressivement et en prenant son temps et insiste sur l’importance d’acquérir de nouvelles connaissances par les expériences et les manipulations.

Autre principe qu’il juge important : les enfants ne devraient pas rester inactifs mais être sans cesse occupés. Également, les élèves les plus avancés devraient apporter leur soutien aux plus faibles, comme dans toute méthode reposant sur l’enseignement mutuel.

Un rythme contraignant et un enseignement varié

Surtout au regard de ce que l’on trouve aujourd’hui, le rythme proposé par Johann Heinrich Pestalozzi semble contraignant. Chaque jour, 10 leçons d’une heure étaient données. Toutefois, les activités étaient variées et incluaient notamment des promenades pédagogiques. Les élèves recevaient des cours de langues vivantes (deux au minimum), d’arithmétique et de géométrie, de géographie, de sciences naturelles, de gymnastique, de dessin et de chant. Une grande importance était accordée à l’éducation morale, à la tolérance, à la religion, ainsi qu’aux domaines agricoles et professionnels. Les élèves n’étaient jamais ni punis ni récompensés. Quant au corps enseignant, il se rencontrait fréquemment afin de s’entretenir au sujet de chaque élève.

Suivant les indications du pédagogue, les classes étaient organisées en fonction de la capacité de l’élève et non pas en fonction de son âge. Ainsi, quatre niveaux du plus facile au plus difficile étaient offerts sur les mêmes tranches horaires. Cet emploi du temps permettait alors à l’élève de changer de classe très facilement selon l’évolution de son niveau.

Si l’on se réfère aux livres de Pestalozzi, en particulier les romans dans lesquels il raconte une intrigue au travers de laquelle il y glisse ses méthodes, nous observons que le pédagogue souhaitait donner aux parents un rôle actif dans l’éducation de leurs enfants. Il pensait qu’il était important qu’une mère, par exemple, puisse s’occuper elle-même de l’éducation de ses enfants. En ce sens, l’auteur donne beaucoup de suggestions qui portent à réfléchir sur la façon de procéder au jour le jour.

Livres
Johann Heinrich Pestalozzi, Comment Gertrude instruit ses enfants, Hachette Livre BNF, 1882 ed., 290 pages
Johann Heinrich Pestalozzi, Léonard et Gertrude, 2014, 190 pages
Johann Heinrich Pestalozzi, Écrits sur la méthode, Loisirs et pédagogie SA, 2009

 

 

 

 

Share this post

© 2019 - CCHE. All rights reserved.