par Catherine Malichecq

Même si l’école-maison est permise en Finlande, rares sont les parents qui s’orientent vers cette option. Et pour cause : le modèle éducatif finlandais place l’élève au centre de toutes les préoccupations.

En 2007, la Finlande se lance dans une grande réforme de son système éducatif qui, grâce aux résultats obtenus au classement PISA, attire rapidement l’attention d’autres pays. Des délégations se succèdent pour comprendre le succès de ce système. Quelques années plus tard, toutefois, le pays réforme à nouveau son système éducatif, face à la baisse de leur taux de diplomation à la fin du secondaire : avec 95 % de réussite – pourcentage que n’importe quel pays de l’OCDE serait déjà fier d’atteindre – la Finlande réagit quant à elle très fortement et se lance dans une approche plus holistique tout en conservant les points qui ont fait sa renommée. Mais quelles sont les caractéristiques principales de ce modèle éducatif?

Des écoles publiques à partir de l’âge de 7 ans

Depuis les années 70, les écoles privées ont été abolies en Finlande afin de garantir l’égalité des chances pour tous : les enfants fréquentent donc uniquement des écoles publiques. C’est à partir de l’âge de 7 ans que les petits Finlandais commencent l’école, laquelle sera obligatoire pour les neuf années suivantes – en général jusqu’à l’année pendant laquelle le jeune atteint ses 17 ans.

L’année scolaire des élèves finlandais se répartit sur environ 190 jours. Elle comporte des périodes de vacances d’une à deux semaines, prévues à l’automne, à Noël, en hiver et à Pâques. L’été, ce sont dix semaines qui sont octroyées, généralement à partir du tout début juin jusqu’à la mi-août.

Des récréations pour un total de 75 minutes par jour

Les journées de classe sont courtes; elles ne comportent pas plus de cinq cours par jour pour les deux premières années et sept cours pour les suivantes. Elles sont entrecoupées de plusieurs récréations totalisant 75 minutes pour les plus jeunes. Effectivement, chaque période de 45 minutes est ponctuée d’une pause. Pourquoi? Selon les Finlandais, cela aide à la concentration et permet aux enfants d’aimer l’école, en particulier chez les garçons. En revanche, les élèves rapportent quelques devoirs à faire à la maison, ce qui aide à consolider l’apprentissage.

Des enseignants très éduqués, autonomes et reconnus

Les futurs enseignants finlandais sont étroitement sélectionnés : environ 10 % des meilleurs postulants recevront une excellente formation universitaire, entièrement financée par l’État, tant dans leur matière qu’en pédagogie, et ce, jusqu’à l’obtention de leur maîtrise. Contrairement aux autres pays de l’OCDE, ils bénéficieront alors d’un statut social comparable à celui des médecins et des avocats, tout en se voyant octroyer un salaire sensiblement identique à celui de leurs confrères à l’étranger.

Les enseignants finlandais travaillent en général 4 heures par jour dans une classe. Ils reçoivent également en moyenne 2 heures de formation continue hebdomadaire.

Sur le plan éducatif, les enseignants sont autonomes et totalement libres de choisir leur méthode d’enseignement. Ils seront également à l’affût de la plus petite incompréhension chez l’élève car dans le système éducatif finlandais, aucun élève ne doit être laissé derrière ou accumuler du retard. La moindre difficulté sera scrutée et fera l’objet d’attentions particulières. Ainsi, il est rare qu’un élève n’ait pas recours, au moins une fois au cours de sa scolarité, à un soutien quelconque.

Quant à l’aide spécialisée, elle est offerte, souvent pendant les neuf années obligatoires, à environ 30 % des élèves qui suivent leur scolarité au sein de classes ordinaires. Ainsi, l’aide, quelle qu’elle soit, n’est pas considérée comme une honte par la société, mais comme une procédure naturelle.

Un enseignement en pleine mutation

Le pays met progressivement en application la nouvelle réforme de son système scolaire. Si l’absence d’évaluations des acquis pendant les six premières années perdure dans le nouveau système, de même que l’unique test standardisé pour les élèves de 16 ans, on y prévoit une approche plus holistique et des enseignements par thématique.

Tout d’abord, l’accent serait mis sur l’étude des phénomènes, mais d’autres méthodes pédagogiques seraient également utilisées. L’objectif ne sera plus l’excellence dans une matière, mais une vaste culture générale.

Ensuite, l’enseignant ne se positionnerait plus comme un diffuseur d’information, mais comme la personne qui facilite le cheminement de l’enfant et l’aide à comprendre sa propre façon d’apprendre. L’apprentissage par cœur n’aura donc plus sa place; l’objectif sera que l’enfant apprenne à apprendre, qu’il développe sa pensée critique, qu’il sache utiliser la technologie. Pour les Finlandais, l’école doit avant tout s’adapter aux évolutions perpétuelles du monde dans lequel on vit.

Enfin, l’élève définira lui-même, avec les conseils d’un professeur, les objectifs qu’il souhaite atteindre. Cette implication de la part de l’élève ferait naître en lui la motivation nécessaire à sa réussite.

L’ensemble du processus permettra de susciter l’autonomie et la responsabilisation des élèves. Outre le fait que l’élève organisera son travail hebdomadaire, on lui demandera également de choisir où il veut apprendre. Ainsi, de nouveaux concepts d’aménagement voient le jour et les classes, déjà décorées de façon minimaliste afin d’offrir un environnement propice à l’apprentissage, pourraient fortement évoluer selon les écoles, le principe de base étant que l’apprentissage se fait partout, pas uniquement dans une salle de classe.  

Des résultats prometteurs?

Le système finlandais est une réussite à plus d’un égard. Non seulement le pays affiche la meilleure réussite en Europe puisque, depuis les derniers changements, 99,7 % des élèves terminent leurs études secondaires à l’âge de 16-17 ans, mais il enregistre également, sur le plan mondial, le plus petit écart entre les élèves les meilleurs et les plus faibles.

Autre élément, 66 % des élèves finlandais vont à l’Université. Des chiffres d’autant plus impressionnants que le système est financé à 100 % par l’État – enseignement, manuels, matériels pédagogiques, équipements et un repas par jour pour chaque élève. Un budget énorme? Pas vraiment, puisqu’il est inférieur d’environ 30 % à celui nécessaire pour un élève aux États-Unis.

Il sera intéressant de suivre l’évolution de cette nouvelle réforme et d’étudier à moyen terme certains indicateurs. Mais quels indicateurs? Car lorsque l’on questionne les Finlandais sur les prochains résultats de leur classement PISA, ils semblent s’en désintéresser totalement : ils pensent que l’important ne réside pas dans leur positionnement aux tests, mais sur l’enseignement des compétences nécessaires pour l’avenir et surtout sur le bien-être des jeunes… et par extension de la population finlandaise.

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